Ma volonté est que mes dessins,mes estampes, mes bibelots, mes livres enfin les choses d'art qui ont fait le bonheur de ma vie, n'aient pas la froide tombe d'un musée, et le regard béte du passant indifférent, et je demande qu'elles soient toutes éparpillées sous les coups de marteaux du commissaire priseur et que la jouissance que m'a procurée l'acquisition de chacune d'elles, soit redonnée, pour chacune d'elles, à un héritier de mes goûts. EDMOND DE GONCOURT

Edmond et Jules

Edmond et Jules

Edmond de Goncourt par Nadar

Edmond de Goncourt par Nadar

dimanche 20 avril 2008

GONCOURS Apocryphe ou Galéjade



Avertissement




Le 21 août 1921, au lendemain du jour où le quotidien Bonsoir avait publié, à la cinquième colonne de sa première page, une note contenant ces simples mots : Bonsoir donnera très prochainement à ses lecteurs la primeur d’un curieux document qui a déjà fait couler beaucoup d’encre.


Chut ! Chut ! Chut ! Chut !


Le directeur du journal, M Jean Piot, recevait la lettre suivante qui, chose digne de remarque, était datée de l’avant-veille :

19 août 1921


Mon cher ami,

Bonsoir annonce ce soir la publication d’un document « qui a déjà fait couler beaucoup d’encre.» Tout le monde a compris qu’il s’agissait du journal inédit des frères Goncours. Un journal hebdomadaire s’est empressé de publier aussitôt de prétendus extraits de ce journal, en insinuant que, « fidèle à mon habitude, j’avais puisé à tour de bras dans ce manuscrit ».
C’est la vérité ; mais la vérité également est que tous les extraits publiés par votre hebdomadaire confrère, à l’exception de celui de « Pour Don Carlos », sont controuvés.
Seul, Bonsoir, à qui j’en ai réservé la communication est à même d’assurer la publication du document authentique. Je me charge de faire connaître à qui de droit et au moment voulu les circonstances qui m’ont mis en possession de ces papiers autographes.
Croyez, mon cher ami, etc.,


PIERRE BENOIT


M.Jean Piot faisait suivre cette lettre de quelques commentaires :
« Le jeune et déjà célèbre pilleur d’épaves- et qui s’en vante – avait bien voulu, en effet, me confier pour les lecteurs de Bonsoir le précieux manuscrit qu’il avait entre les mains – et je ne vous dirai pas plus que lui (d’abord par discrétion et ensuite parce que je ne le sais pas) comment il est parvenu.
- Mais ce texte, objectez vous septiques – est-il authentique ?
- Il ne peut y avoir de doute. S’il ne l’était pas, c’est donc que Pierre Benoit l’aurait écrit lui-même, que ce serait une œuvre originale de lui : hypothèse qu’aucun de ses ennemis ne saurait admettre. Et puis, tous ceux qui ont lu ce qu’on connaît déjà du journal retrouveront dans le manuscrit que nous allons publier toutes les qualités et tous les défauts, toutes les idées et toutes les manies, tout l’esprit en un mot du dernier des Goncours. Il y a des empreintes indélébiles et des marques auxquelles on se trompe point. »
Le 23 août et pendant huit jours, Bonsoir donnait des extraits choisis du texte que nous publions aujourd’hui in extenso et en l’accompagnant de différentes notes en bas de page qui l’authentifient de façon indiscutable.
Comment Pierre Benoit s’était-il procuré le véritable manuscrit du journal des Goncours ?
Il a avoué à M.Jean Piot, lequel a connu l’auteur du Lac Salé, en 1911, à l’Ecole normale et est pour ainsi dire l’unique confident de ses plus secrètes, disons même de ses plus rocambolesques pensées, - il a avoué qu’il avait réussi à mettre la main, à la bibliothèque, sur le véritable manuscrit du journal des goncours en y substituant un manuscrit apocryphe autour duquel un certain nombre de journaux, mal renseignés, ont mené grand bruit, croyant qu’il s’agissait du texte authentique.
Nous ne saurions mieux faire que de reproduire le sagace commentaire de M. Jean Piot, et d’en adopter les conclusions :
« Nous avons eu d’abord quelque scrupule, pensant qu’il s’agissait d’une galéjade du jeune et célèbre écrivain. Mais la lecture, le doute n’était plus permis. Quand le soi–disant texte authentique verra le jour – s’il le voit ! – on s’apercevra immédiatement qu’il est beaucoup moins digne que celui-ci d’un des auteurs de Germinie Lacerteux – que par conséquent celui que nous publions vaut bien mieux que l’autre et peut seul être le texte exact. »


LES EDITEURS


Cet ouvrage a été tiré à onze cents exemplaires tous numérotés (exemplaire N° 322)
Provenance JOURNAL DES GONCOURS MEMOIRES DE LA VIE LITTERAIRE PAR UN GROUPE D’INDISCRETS (Partie inédite) Année 1896 Editeurs LA RENAISSANCE DU LIVRE 78, Boulevard Saint-Michel PARIS ( pages 9 à 12)

1 commentaire:

  1. Obsession rechercehe d'un ailleurs d'une évasion et passion dans l'odeur des papiers et reliures d'antan, un délice !

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