
Une interview de J.-H. Rosny Jeune
A PROPOS DU JOURNAL DES GONCOURT
C’est à Coubert, où il possède une propriété, que nous avons pu joindre M. Rosny Jeune.
Nous sommes accueilli à la grille par deux superbes chiens-loups qui nous conduisent à la demeure de l’auteur de Francho-la-Belle.
Le journal des Goncourt, nous dit-il, a été publié par Edmond de Goncourt lui-même de son vivant ; ce qui reste, ce n’est pas, comme le croit le public, la suite de ce qui a été édité, mais des découpures – Goncourt a expurgé la première édition de son Journal et ce qu’on nous demande de laisser paraître, c’est ce que lui même a écarté de la publication pour ne pas s’aliéner personne. Comment voulez-vous publier cela intégralement ? Edmond de Goncourt a été surpris par la mort et ‘a pas eu le temps de mettre ses papiers en ordre.
« Il a dit que son journal ne devrait être consulté et livré à l’impression qu’au bout de 20 ans. Il n’a pas voulu exprimer par-là que ce serait 20 ans exactement après sa mort, mais 20 ans au minimum et si lui-même, à la date laquelle il a fait son testament, a estimé que 20ans seraient suffisants, nous pouvons, nous membres de l’Académie Goncourt, juger qu’il faut attendre 25 ans, 30 ans même après sa mort pour livrer son journal au public. Ceci, surtout après un événement no prévu par notre illustre maître, la guerre, qui nous impose une plus grande sensibilité à l’égard des familles. Nous interprétons le testament avec notre cœur ; les Goncourt, que nous connaissons mieux que ne les connaît le public, nous approuveraient : nous les aimons, nous veillons sur leur cher mémoire » Evidement, la publication nous serait d’un bon rapport, surtout avec la réclame qui a été faite, mais il faut publier tout ou rien : expurger l’édition ne serait pas respecter la volonté du mort.
« A défaut de sa publication, on pourra le consulter à la Bibliothèque Nationale.
Croyez--vous qu’il ne sera pas publié ? »
M. J.-H. Rosny Jeune sourit énigmatiquement et se refuse à tout autre commentaire…
- JACQUES SCHNEIZER
Article provenant du Comoedia du 24 septembre 1922
Deux femmes des Goncourt : la servante du " Grenier " et sa fille Blanche-Denise
Blanche-Denise, qui vient de mourir dans son village des Vosges. Blanche ? fille de Pélagie. Pélagie? La servante du " Grenier ". Il est parlé d'elle, pour la première fois, dans le Journal en 1870, à la page la plus poignante rédigée par Edmond, seul des deux frères :
Nuit de samedi (18 juin) à dimanche.
Il est 2 heures du matin. Me voici relevé et remplaçant Pélagie près du lit de mon pauvre et cher frère, qui n'a pas repris la parole...
...Le profil de Pélagie, penché sur un livre de prières...
C'est Pélagie qui le dit : "IL faut manger pour avoir des forces demain."
Et le 28, au retour de l'enterrement, le grand veuf retrouvera, au milieu des lettres et des cartes de la première heure, les livres de prières de Pélagie.
Désormais, Pélagie représentera la femme au foyer. Les habitués du "Grenier" ne l'ont connue que vieillissante, vers 1890. En 1870, elle devait être vigoureuse !
23 septembre. - Pélagie, qui se vante de n'avoir jamais eu peur, déclare que cela lui semble la guerre pour rire.
Et la guerre, la commune, Pélagie à Auteuil, pendant que Monsieur, les nerfs ébranlés, se réfugiera dans un hôtel de la rue de l'Arcade, où, le 24 mai 1871, elle lui apportera des "Gloire de Dijon", de ses rosiers, admirée et aidée des soldats, au milieu de la fusillade.
Elle gardait la maison, où tombaient les obus, couchant habillée, à la cave, avec l'argenterie prête à être emportée...
Pélagie ! qui avait mis Jules au linceul, maintenant devait trembler pour Edmond.
Samedi 25 novembre 1876. -Ce matin j'ai eu un étourdissement, et si Pélagie ne m'avait pas pris à bras-le-corps et collé contre le mur, je serais tombé à terre.
Mais voici Pélagie malade.
18 décembre 1877. - Cette bronchite qui me calfeutre des semaines dans mon intérieur désolé, avec Pélagie au lit, d'un rhumatisme articulaire ; je comptais sur elle, pour me fermer les yeux. Est-ce que la pauvre fille la dernière des personnes qui me soient sérieusement attachées, est-ce que je vais la perdre, et rester seul, tout seul ?... Ce sont des journées toutes noires quand je demande à sa fille des nouvelles de la nuit ...
C'est la première fois qu'il est question de Blanche, qui va soulager bien peu sa mère, une pauvre fille chétive, quelque peu innocente.
Le 1er janvier se lève, comme dans un hôpital.
Au 8 mai 1880, ce sera " la petite " qui apporte la dépêche "Flaubert est mort."
Voici les deux femmes à l'honneur, à l'Odéon, pour Henriette Maréchal. L'auteur a souper chez les Daudet :
2 mars 1885.- En entrant à 4 heures, Pélagie, qui se relève, me confirme le succès, disant qu’elle et sa fille ont craint que les troisièmes galeries, toutes remplies d’étudiants ne leur tombassent sur la tête, dans le délire des trépignements.
Maintenant, la maison s’anime des dimanches au Grenier. Mais, la semaine, le solitaire s’assombrit du spectacle de la maladie de la « fille de Pélagie », l’immobilisant sur une chaise, dans un affaissement d’idiote.
Nous reverrons Pélagie à l’Odéon : Le quartier est sens dessus dessous.
14 janvier.- tout le monde à Auteuil trouve notre pièce pas une chose propre…
N’importe. Pélagie est toujours sous les armes.
19 mars.- Je rentre, je trouve mes deux femmes dans l’émotion d’un assassinat commis la veille dans la ville …
- La petite va se coucher…
- Entendez-vous des pas …
- C’est vrai. Donnez-moi la canne épée ; et ouvrez …
Pélagie entrebâille.
- N’ayez pas peur, madame.
C’était trois agents de la Sûreté, qui, intrigués par les promenades de lumière dans la maison, avaient cru à une intrusion de voleurs.
Pélagie qui, appelle Monsieur, pour lui montrer « la chatte en contemplation devant une poterie japonaise ».
Pélagie qui, pour ne pas déranger Monsieur – à une jeune Roumaine pleurant de pouvoir revenir, et lui demandant quelque chose venant de M. de Goncourt, lui donne un crayon avec lequel elle tient son livre de cuisine …
Blanche, la fille de Pélagie, la petite, la triste et maladive fillette, ne paraît que peu à l’index général de son nom : quand M. de Goncourt va la voir, à l’hôpital ; quand elle pleure pour suivre un cours d’infirmière, quand ( témoin à mon mariage ) il rentre après le dîner, et que Blanche lui crie : « Le feu est à la maison … » Un feu de cheminée, qui a alerté tout le quartier, maintenant réduit.
Médiocres incidents de cette existence de célibataire et de ses fidèles servantes au cœur simple .
Sans doute, ce calme service n’eût pas convenu à nombre d’autres, comme on lit vers la fin du Journal :
4 février 1894 .- La petite bonne qui a remplacé blanche un moment, disait : « Je vais chercher une place chez une cocotte. On y travaille peu, mange bien et on a la chance d’être emmenée au spectacle, aux bains de mer… »
en 1896, Pélagie et Blanche n’ont pu fermer les yeux du maître, décédé à Champrosay … Elles l’ont conduit au cimetière… Pélagie est partie ensuite, et dans ses Vosges natales, la dolente fillette vient de mourir, à plus de soixante ans , tout de même, sans avoir jamais été interviewée.
Pélagie ! Blanche ! les pauvres ! qui n’ont pas eu la médaille des vieux serviteurs, mais que voilà perpétuées à l’ordre du jour du Journal.
Blanche ! Pélagie, qu’auraient-elles pu dire, qui ont tenu le ménage de vieux garçon, servi leur monsieur seul, comme elles auraient servi un autre maître.
Jean AJALBERT
De l’Académie Goncourt
Provenance l’article « Toute l’Ed » du 05 02 1938
EDMOND DE GONCOURT INTIME
C’est un souvenir. Après la répétition générale de la Fille Elisa mise en scène par Jean Ajalbert avec le beau succès durable que vous avez, le vieux maître et le futur membre de l’Académie Goncourt sortirent ensemble. Ils allèrent à la recherche d’un fiacre dans lequel M. de Goncourt reviendrait à sa maison d’Auteuil. L’auteur des Frères Zemganno exultait :
- Oh ! Vous allez souper… Non, je vous aurais gênés… Je ne peux pas dépasser minuit … Qu’aurait dit mon foie ?… Elles sont bien « vos filles » … Cette Marie coup de sabre, Gabrielle Fleury, maîtresse de Méténier ? Elle est charmante cette grande fleur mince à pâleur de lilas… Très dix-huitième… Ah ! comme l’on sait peu regarder… Tenez …
(Se retournant sur une belle de nuit, qui va d’un bec de gaz à l’autre sur le trottoir, où nous espérons la voiture)
- Regardez cette taille, ce déhanchement canaille, un mot qu’il employait souvent il n’y a que Mme Bonnières qui ait cette sveltesse penchée…
- Art, littérature, humanité -tout le temps –pendant que je ne songeai qu’à « décoller », à rejoindre la bande…
- Ah ! S’il n’y avait pas la v… Cette saleté de peur empêche tout … Elles sont très bien « vos filles »… Mais soyez prudent, mon petit. Et puis il faut travailler… que penseriez-vous d’une pièce avec « Madame Gervaisais » ?
Evidement, le vieux maître, ce vieux maître, ce soir-là aurait bien vu tirer une pièce d’Idées et Sensations.
DOSSIER ARCHIVES . JULES ET EDMOND DE GONCOURT
PHOTO PORTRAIT PEINT EUGENE CARRIERE. DESSIN B.BUFFET
- Une photo sur papier albuminé de l’époque collé sur un cartonnage rigide d’un portrait peint d’Eugène Carrière, en 1887.
- Le Déjeuner des Goncourt, extrait de Arts. Dessin de Bernard BUFFET au format de 27 x 21 (petit trou).
- Une revue (sans date, 1922) « l’Académie Goncourt, par Léon Deffoux », Tome II, Fascicule 2 : « 25 ans de Littérature Française », publiée sous la Direction de M. Eugène Monfort, tableau de la vie littéraire de 1895 à 1920.
Couverture souple, format 22 x 27, papier glacé, complète, de la page 33 à 64, illustrations, en très bon état.
- Une carte de l’Académie Goncourt et MM. Fasquelle et Flammarion éditeurs, prient Monsieur Gaston Picard de leur faire l’honneur d’assister à l’édition définitive du journal des Goncourt, cartonnage semi rigide au format de 9 x 11.
- Petite Chronologie du Testament et de l’Académie Goncourt.
4 pages non reliées du Mercure de France de 1918.
Avec le nom des Prix Goncourt de 1903 à 1917 et une continuation des dates écrites au crayon de bois.
- Causeries Françaises, « Les Goncourt » par J.-H. Rosny Aîné.
8ème Causerie faite au Cercle de la Librairie le 27 avril 1923.
Plaquette à la couverture souple, complète en 35 pages (pagination de 167 à 201), et en bon état.
- Un article découpé « Les Goncourt journalistes », par Lucien Descaves.
- Un article découpé « Opinion de J.-H. Rosny sur les Goncourt », Paris-Soir du 11.02.1924.
- 4 pages agrafées de « L’ami du Lettré » de 1925.
- Une page de journal du 17.12.1925 : « Prix Goncourt - - Prix Fémina – Vie Heureuse ».
- Edmond de Goncourt intime, un article découpé dans « l’Esprit Français » du 22.11.1929.
- Ceux qui on eu le prix Goncourt, liste de 1903 jusqu’à 1926, extraite d’un journal.
- L’avenir de l’Académie Goncourt, Figaro 04.05.1929.
- Extraits d’articles de journaux des années 1920 à 1930 :
- Les Mystères de l’Académie Goncourt, les préfaces et les manifestes des Goncourt, Pélagie (J. Ajalbert)
- Courrier littéraire Gaston Picard.
- En marge du Centenaire de Jules de Goncourt.
- A propos du journal des Goncourt. J.-H. Rosny Jeune.
- Chez les Goncourt.
- La table des Goncourt, décembre 1929.
…
- 8 pages agrafées du 10.02.1933 : « Les Goncourt et le journal », de Michel Puy.
- Sur les traces des « DIX », reportage par Marius Richard, une page de journal du 15.12.1934.
- Les Goncourt, Artistes et Collectionneurs », 10 pages extraites du « Livre et ses Amis » de juillet 1946.
- Léo Larguier : l’Académie Goncourt. 3 pages agrafées extraites de la Revue Vivante II, premier trimestre 1949.
- 2 articles des années 1940.
- Le verdict des Bibliophiles, Arts, décembre 1953.
- La grande Pêche, dessin de Ben extrait des Nouvelles Littéraires de 1958.
- du côté des Goncourt (avec une reproduction photo du grenier).
- Les Goncourt et leur grenier.
- Les Frères Goncourt boulevardiers.
- 8 articles de journaux des années 1950.
- Environ une vingtaine d’articles des années 1980-90 sur les Goncourt.
Ensemble de documents originaux de l’époque en bon état.


EDMOND DE GONCOURT
La mort du célèbre homme de lettres a été annoncée à la presse parisienne par une dépêche de M. Alphonse Daudet, chez lequel il se trouvait en villégiature depuis quelques jours. C’est dans la nuit du 16 juillet qu’il a succombé dans cette charmante propriété de Champrosay, où ses amis fidèles et dévoués lui ont prodigué les soins, et ont adouci ses dernières heures par les témoignages de la plus affectueuse sollicitude. La disparition si rapide de l’éminent écrivain a causé une émotion unanime dans le monde littéraire où le nom de Goncourt était particulièrement vénéré.
Edmond de Goncourt et son frère Jules, n’ont-ils pas été les initiateurs du mouvement naturaliste, en même temps que les historiens subtils des élégances du siècle passé, des plus charmants petits maîtres français ? Les Goncourt ont été aussi les premiers à appeler la curiosité sur les formes et les œuvres de l’art de l’Extrême Orient.
Edmond- Louis- Antoine Huot de Goncourt petit-fils d’un député du tiers à l’assemblée nationale de 1789, était né à Nancy, le 26 mai 1822 d’une vieille famille lorraine alliée à celle de M. Lefebvre de Béhaine , ex-ambassadeur de France au Vatican, et à celle de Villedeuil. Jusqu’en 1870, époque de la mort de Jules de Goncourt, qui était le cadet d’Edmond, la vie des deux frères est intimement liée et il est assez difficile de faire la part de ce qui revient à chacun d’eux.
Ils débutèrent dans les lettres en 1851, par un roman intitulé En 18…et qui passa à peu près inaperçu. De cette époque à 1860, se consacrant uniquement à l’étude du dix-huitième siècle, ils font paraître successivement : Histoire de la Société française pendant la Révolution et sous le Directoire ; Portraits intimes du dix-huitième siècle ; Sophie Arnould ; Histoire de Marie –Antoinette ; Les Maîtresses de Louis XV. Ils continuèrent plus tard cette série avec la Femme au dix-huitième siècle et les Actrices du dix-huitième siècle, et l’étendirent à l’art et aux artistes avec l’Art du dix-huitième siècle et l’œuvre de Watteau.
Cependant, et avant de revenir, en 1860, au roman d’observation, les frères de Goncourt avaient publié encore :Le Salon de 1852, les Mystères des théâtres, la Lorette, la Révolution dans les mœurs, les Actrices, une Voiture de masques.
Avec les Hommes de lettres, réimprimés en 1869 sous le titre de Charles Demailly, commence la série de leurs romans d’observation appliquée aux mœurs et aux idées de ce temps. Ils y manifestèrent le même tempérament que dans leurs études d’histoires, curieux de menus faits, de détails. Aux Hommes de lettres succèdent Sœur Philomène, Renée Mauperin, Germinie Lacerteux, Manette Salomon, Madame Gervaisais (1869). Entre temps paraissait d’eux Idées et Sensations.
Jules de Goncourt meurt. Mais des notes recueillies par les deux frères devaient servir plus tard au survivant, à Edmond, pour la composition de la Fille Elisa, des Frères Zemganno , de la Faustin, de Chérie, de Gavarni, Pages retrouvées, tous livres publiés postérieurement à la mort de Jules et qui doivent cependant être rapportés à la période de collaboration des deux frères. A cette collaboration, on doit encore la pièce d’Henriette Maréchal, dont les représentations au Théâtre-Français (1865), donnèrent lieu à des scènes de tumulte qui furent souvent racontées.
En outre des œuvres précédemment citées on doit à Edmond de Goncourt seul la série, aujourd’hui presque achevée, du Journal des Goncourt, dont la publication retentissante a donné lieu à tant de controverses ; la Maison d’un artiste, Outamaro, premier volume d’une série sur l’art japonais. Au théâtre, Edmond de Goncourt a fait jouer, au Théâtre-Libre, la Patrie en danger, au même théâtre un autre acte politique A Bas le Progrès, à l’Odéon un drame en dix tableaux tiré de Germinie Lacerteux et enfin tout récemment au Vaudeville un drame tiré de Manette Salomon. Il laissa quelques manuscrits de théâtre et des ébauches de romans.
On sait, en outre, que M. Edmond de Goncourt a plusieurs fois manifesté son intention de laisser un legs destiné à l’institution d’une académie qui porterait le nom de Goncourt et où entreraient un certain nombre de littérateurs et d’artistes, ceux qui fréquentaient chez lui et venaient lui rendre visite dans le hall de la maison qu’il appelait « le grenier des Goncourt ».
L’ouverture du testament qui a eu lieu le 20 juillet chez M. Alphonse Daudet, à Champrosay, a donné connaissance des élus de cette académie que, fidèle à la promesse faite à son frère, E. de Goncourt crée afin de soutenir un art indépendant en aidant des jeunes gens de talent à se maintenir dans la dignité des lettres. Les hommes politiques, les grands seigneurs, les poètes et les fonctionnaires seront exclus de cette académie qui se composera jusqu’à nouvel ordre de huit membres remplaçables par extinction à la majorité des membres survivants. Ces membres sont : Alphonse Daudet, Léon Hennique, J.K. Huysmans, J. et H. Rosny, Octave Mirbeau, Paul Marguerite, Gustave Geffroy. Celui des titulaires qui deviendrait membre de l’Académie française serait par le seul fait démissionnaire.
Un prix de cinq mille francs sera décerné tous les ans à l’auteur d’une œuvre d’imagination, roman, nouvelle, etc., à l’exclusion des poètes.
Enfin, il y aura in dîner Goncourt, à vingt francs par tête – le défunt a lui-même fixé le prix. Ace dîner périodique ne prendront part que les académiciens.
OLIVIER MERSON

EDMOND ET JULES DE GONCOURT
par Xavier Girard
Peut-être avez-vous déjà rencontré sur les quais, feuilletant des livres, ou examinant des gravures, deux hommes, jeunes encore et se ressemblant beaucoup d’aspect et de démarche.
Il est rare de les voir séparément. L’un paraît de quarante deux à quarante ans. Il est grand, mince, pâle, les cheveux sont courts et grisonnants, la moustache est fine, le regard légèrement voilé par la mélancolie ou éclairé par un sourire charmant ; les mains enfoncées dans les poches d’un ample pardessus, un cigare éteint aux lèvres, il semble marcher au pas de sa rêverie.L’autre plus jeune, la désinvolture élégante, la tournure d’un dandy, le lorgnon dans l’œil, la joue rose, la moustache épaisse et blonde, le sourire un peu moqueur, a, malgré ces quelques différences, les traits et allure de l’aîné.
Suivez-les, ils s’arrêteront devant la boutique d’un marchand de bric à brac ou d’autographes ; examinant, lorgnant, retournant, admirant les mêmes objets, ayant le même goût pour les mêmes choses.
Ce sont deux hommes bien connus ; discutés maintenant, dans vingt-ans, ils seront admirés de tous, comme l’est maintenant Balzac.
C’est Edmond et Jules de Goncourt. Seuls les savants, les raffinés en littérature, les admirateurs de ce qui est finement et délicatement touché, les connaissaient, avant qu’une cabale, en voulant ruiner leur crédit, les ait subitement jetés à la célébrité.
Ils sont nés, Edmond l’aîné à Nancy, le 26 mai 1822 ; le second, Jules, à Paris, le 17 décembre 1830. Leur père, Pierre Huot de Goncourt, était chef d’escadron et officier de la légion d’honneur.
Aussitôt ses classes terminées, on avait placé l’aîné au ministère des finances ; ce n’était guère dans ces goûts. Toute sa vénération, tout son enthousiasme se reportaient sur la peinture. Le matin à cinq heures, il se levait, courait d’un trait à l’atelier Dupuis, et peignait jusqu’à dix-heures, heure fatale, l’heure de bureau.
La mort de sa mère le laissa libre de suivre sa vocation ; il quitta le ministère. A cette époque, en 1849, Jules sortait du Lycée Bonaparte où il avait fait des classes brillantes. Il n’avait pas plus que son frère l’amour du bureau, rien ne les retenait à Paris, ils achetèrent deux sacs de voyage, deux bâtons et partirent à pied à travers la France.
Arrivés à Marseille, ils ne pouvaient pas aller plus loin ; la fantaisie leur vint de visiter l’Algérie. Ils prirent le paquebot et songèrent un instant à s’engager dans une expédition pour Tombouctou.
Lorsqu’ils furent bien saturés de soleil, de lumière et de couleurs, ils revinrent à Paris et se remirent à la peinture, à l’aquarelle, je crois.
Un beau jour, ils abandonnèrent le pinceau ; l’idée leur prit de faire un livre.- Quoi ? – ce que la fantaisie, cette folle déesse de la jeunesse, leur inspirerait ; et le 2 décembre 1851 parut un petit volume intitulé : En 18… Le moment était peu propice. Arnal aurait trouvé que c’était raide de produire un livre à pareille époque. La police ne laissa pas poser les affiches, et à l’exception de M. Pontmartin, qui fit l’honneur d’un éreintement, personne ne parla du livre.
A ce moment, un cousin, le Comte de Villedeuil, un romantique enragé, débarqua de la province les poches gonflées d’un bel héritage, et rêvant un journal.
Naturellement les cousins en furent, et l’on fonda : Paris, journal quotidien, illustré par Gavarni avec Murger, de Banville, Alphonse Kaar, Aurélien Sholl, Adolphe Gaïffe pour collaborateurs. Le journal marcha un an. Un article d’Alphonse Kaar le fit supprimer.
Les deux frères commençaient alors une d’ouvrages sur le 18e Siècle, la révolution et le directoire. Une étude approfondie, non-seulement des écrits, mais encore des tableaux, des gravures, des autographes, des ameublements, de tout ce qui de près ou de loin se rapporte à cette époque, leur fit jeter sur certains détails de cette histoire, une lumière inattendue.
Peu d’hommes ont compris et raconté cette période agitée avec autant d’originalité, de charme et de vérité. Leurs maîtresses de Louis XV, leur histoire de Marie-Antoinette, leurs tableaux de la société française pendant la révolution, et le directoire sont des modèles de genre.
Puis, attirés par l’étude des mœurs contemporaines, ils portèrent sur l’examen des esprits, des caractères, des vices et des ridicules, ce génie d’observation qui les distingue. Ne se rattachant à aucune école, ce n’est pas telle ou telle partie de l’humanité qu’ils dépeignent. Leur axiome, qu’ils ont formulé dans : Idées et sensations, est celui-ci : En littérature, on ne fait bien que ce qu’on a vu ou souffert. – Ce qu’on a vu, soit en haut de la société, soit en bas. Ils étudieront tout : que ce soit le cœur d’une cuisine ou celui d’un diplomate, si ce cœur vit, palpite, échauffé par la passion, leur pinceau s’en saisira. Aussi quels types ils ont créés, depuis la femme bête et tracassière de Demailly, jusqu’à sœur Philomène ou Manette Salomon. Depuis Germinie Lacerteux jusqu’à Renée Mauperin, cette fille fantaisiste et pleine de cœur que Taine dans ses notes sur Paris, considère comme une des plus remarquables créations du roman moderne.
Et comme les caractères ressortent au milieu de ces descriptions si vives, si colorées si artistiques. Leur plume est sans rivale pour dépeindre les nuances de la couleur, les jeux de l’ombre et de la lumière, le chatoiement des objets sous le rayon de soleil, la poussière diaprée par un filet de clarté. Certaines de leurs descriptions sont des eaux-fortes.
Voici comment les apprécie un de nos plus grands critiques, M.Sainte-Beuve : « MM. De Goncourt, dit-il, sont des artistes aussi distingués que convaincus et sincères, un talent rare en deux personnes, de parfaits gentilshommes de lettres. Ce sont des modernes et de purs modernes ; ils marchent hors rang, courageux et unis, à leurs risques et périls, se tenant par goût aux avant-postes de l’art. Ils tentent constamment, ils cherchent sans cesse. » Il n’y a rien à ajouter à une telle définition, elle les peint entièrement.
P.ENRELAS.
L’illustration du 25 juillet 1896
COURRIER DE PARIS
Un satirique de grand talent a écrit un livre ironique, Grands Enterrements. Il y raille les éloges pompeux et les phrases toutes faites. De ces phrases, Paris en a entendu un certain nombre depuis huit jours et les beaux enterrements n'ont pas fait défaut à l'insatiable curiosité de la foule. On a porté de Notre-Dame au cimetière le marquis de Morès mort glorieusement dans une tragique aventure. Les littérateurs ont escorté d'Auteuil à Montmartre (1) un des maréchaux de lettres, un de ceux dont se souciera l'avenir, Edmond de Goncourt. Quelques amis ont suivi le convoi, plus modeste, du pauvre Anatole Lionnet qui disparaît avant son frère malade.
Si je vous disais que la mort du petit chanteur et diseur de vers est peut-être de toutes celles-là celle qui m'a le plus ému ! Ni la fin n'a autant d'auréole que celle d'un chercheur d'aventures qui tombe en défendant bravement sa vie, ni l'existence n'eut autant de valeur que celle d'un des maîtres de la littérature contemporaine ; mais cet Anatole Lionnet, ou plutôt ces Lionnet, avaient fait tant de bien depuis qu'ils chantaient leurs chansons qu'on les aimait sans les connaître, et qu'on les estimait profondément quand on les connaissait.
On pourrait dire proverbialement : Bon comme les Lionnet. Ils apportaient leurs concours à toutes les oeuvres de charité. Ils étaient prêts à chanter pour tous les camarades dans la misère. Quelle fut la dernière action d'Anatole Lionnet? Une apparition, à la Salpetrière, devant les démentes, qu'il charmait tous les ans en organisant dans le vieil hôpital une représentation dramatique. Il priait le public - un public de folles d'excuser son frère Hippolyte qui ne pouvait se rendre, cette année, au rendez-vous habituel, étant malade, et il disait qu'il chanterait pour deux!
Ce fut la dernière fois qu'il chanta. Il ne se doutait guère, lorsqu'on l'applaudissait, que c'était pour la dernière fois. Combien souvent je les ai vus et entendus, ces Lionnet, disant du Ponsard ou du Daudet- les Prunes, d'Alphonse Daudet, qu'ils disaient si bien et qu'ils rendirent populaires:
Mon oncle avait un grand verger
Et moi j'avais une cousine...
Nous nous aimions sans y songer...
Les vers sont délicieux et pimpants et jeunes. Les Lionnet leur donnaient un charme exquis. C'était un régal que ces Prunes de Daudet servies par les Lionnet ne sont plus là; il n'y a qu'un Lionnet qui souffre et qui pleure.
M.Henri Rochefort, qui a connu les jumeaux et qui fut, je crois, leur camarade de collège, racontait, l'autre matin, que ces deux êtres étaient tellement unis comme par une membrane invisible que l'idée qui venait du cerveau de l'un arrivait presque instantanément à l'autre. Par exemple, si Anatole pensait: "Je voudrais aller au Gymnase ce soir," Hippolyte disait brusquement: " Que ferons-nous ce soir? J'ai envie d'aller au Gymnase!"
Les frères de Goncourt, qui n'était point jumeaux, semblaient unis de même par l'invisible membrane dont parle Rochefort. Ils ne faisaient qu'un, bien qu'il y eût entre eux huit années de différence. Jules était pétillant et spirituel, Edmond mélancolique et profond. Avec le retroussis de leurs moustaches, ils ressemblaient à deux mousquetaires; mais, si Jules de Goncourt rappelait Aramis, Edmond faisait penser à Athos, le songeur.
Ils ont beaucoup lutté, ces deux frères, et ils ont eu la passion des lettres. Quel livre il y aurait à écrire et sur leurs livres et sur leur vie! On le fera, cet ouvrage, n'en doutez pas. Edmond de Goncourt disparaît dans le soleil de la gloire. Les hôtes du grenier, de ce grenier de millionnaire où les oeuvres d'art pullulent, rendent avec justice à leur maître l'hospitalité qu'il leur donnait. Et nous aurons une Académie de Goncourt, une Académie dont seront exclus, dit le testament, les hommes politiques et les grands seigneurs. Même les poètes, les prosateurs seuls y étant admis.
Il faut louer ce grand lettré qui se préoccupe encore de servir les lettres, après sa mort. Je me rappelle avoir lu, au temps où Erckmann-Chatrian étaient fort à la mode, et les Goncourt beaucoup moins, cette phrase amusante:
"Chose singulière! Les deux plus remarquables romanciers d'aujourd'hui sont quatre."
Je ne sais si les Goncourt furent très enchantés d'être comparés à Erckmann-Chatrian. Aristocrates d'instinct, ils étaient démocrates en art. Ils disaient à la fois les douleurs de la reine martyre et celles d'une pauvre servante amoureuse d'un Jupillon, - Jupillon qui semble déjà un personnage sorti de l'Assommoir.
Le peintre Degas, qui a autant d'esprit que Forain, disait à propos de cette dualité d'inspirations et de goûts:
- J'ai envie de dessiner Goncourt faisant un cavalier seul avec d'une main Marie-Antoinette et de l'autre la Fille Elisa.
C’est par-là que c’est grands seigneurs de lettres furent de leur temps, l’étudièrent et l’exprimèrent. Une malheureuse passante les attendrissait autant qu’une dolente de l’histoire, et même Edmond de Goncourt avait fini par trouver plus de saveur, d’attrait, à l’étude de la vie vivante.
-L’histoire, disait–il, c’est un morceau peint d’après le cadavre !
Je n’ai rien dit de son Journal. Nous n’en connaissons que la moitié (2). Dans vingt ans, nous saurons le reste (3). Ce reste doit être poivré. Je voudrais bien vivre – par curiosité – vingt ans de plus pour le connaître, ce reliquat qui a semblé trop indiscret. Je suis bien certain que les lecteurs de 1916 n’éprouveront pas la déception qui nous attendait lorsque nous avons ouvert les fameux Mémoires posthumes de Talleyrand. Talleyrand nous a trompés. Edmond de Goncourt en donnera pour leur argent aux lecteurs du Journal complet de 1916.
Saluons cette figure qui disparaît. Ci-gît un grand homme de lettres. Et saluons aussi les promesses d’avenir ! Les concours du Conservatoire sont ouverts, les envois de Rome sont offerts au public les futurs saint-cyriens, polytechniciens, normaliens, achèvent leurs compositions, et la musique de la garde républicaine accorde déjà ses cuivres pour souligner, en Sorbonne, la proclamation des lauréats du Concours général.
C’est l’heure – dont je parlais l’autre jour – où toute la jeunesse de France à la fièvre et où tous les snobs intriguent pour se procurer des places au Conservatoire du faubourg Poissonnière où la barbiche grise de M. Théodore Dubois remplace, dans la loge officielle, la longue barbe blanche de M. Ambroise Thomas. Il y a longtemps qu’on a dit que ces concours ne sont pas un jour de jugement, mais un sport.
Ils sont tellement un sport que je sais des sportsmen qui se proposent de parier sur les candidats.
- Je prends tel élève de Worms !
- Je choisis tel concurrent de tragédie !
Et l’on pariera sur M. X ou Mlle Z…, comme sur Chalumeau ou Tache de Rousseur. C’est un moyen comme un autre de passer l’après–midi ( le Conservatoire remplaçant Longchamp), et voilà, ou je ne m’y connais pas, une admirable façon de comprendre les manifestations esthétiques !
Li-Hun-Chang demandera-t-il au ministère d’assister à l’un de ses concours ? C’est possible. Il me paraît curieux de toutes choses et on lui a montré, au Figaro , une succession et une collection de curiosités parisiennes. Prend-il des notes, Li-Hun-Chang ? S’il en était ainsi, je voudrais bien les connaître. Les Lettres persanes doivent être moins narquoises que ces Lettres chinoises !
Et qu’il est fin, ce fils du Pays de la Fleur ! On lui demandait s’il préférait les Français aux Anglais :
- J’estime les Anglais, a-t-il répondu, et j’aime les Français !
A Londres, il pourrait dire, avec un sourire qui ferait pour nous du madrigal une critique :
- J’aime les Français et j’estime les Anglais !
C’est quelque chose que l’affection dans la vie privée. Dans la vie publique, l’estime vaut mieux. Et qui sait si ce malicieux Chinois ne vous a pas offert cette pilule sous la dorure d’un compliment ?
Le vice-roi devenu parisien pendant quelques jours, et qui dîne au restaurant dans le Bois de Boulogne pour mieux s’imprégné de la parisine, est déjà célèbre par la chaise à porteurs qui sert à le transporter dans ses nombreuses courses d’observateur et de curieux.
L’autre jour, des ouvriers, arrêtés devant la chaise à porteurs de Li-Hun-Chang, disaient gravement (je l’ai entendu ) :
- Ca nous ramène au temps de Louis XIV !
Leur observation était-elle admirative ou protestataire ? Je n’en sais rien. Mais ses bons Parisiens se sentaient revenus au temps du Grand Roi. L’un d’eux ajouta :
- Il se fait porter comme la Maintenon !
Quelle idée exacte pouvait avoir de la Maintenon cet homme du peuple ? Toujours est-il que la chaise à porteurs est un anachronisme qui ne va pas sans élégance. N’ai-je pas raconté, ici même, que lorsque la fusion
Faillit nous ramener le comte de Chambord avec la couronne de roi de France, les chaises à porteurs montèrent tout à coup de valeur chez les marchands de vieux meubles, de bibelots et de curiosités ?
J’en marchandais une, à ce moment-là, et on m’en demanda une somme exagérée.
- Mais cela n’a pas de bon sens !
- Monsieur , me répondit le marchand, ne soyez pas étonné. Les chaises à porteurs sont devenues hors de prix. On n’en trouve plus. Il y a eu une rafle faite sur elles depuis quelques temps !
- Et pourquoi ? On les retient toutes pour le jour de la rentrée du Roy à Paris !
Tant de chaises à porteurs si le comte de Chambord, acceptant le drapeau tricolore, avait fait son entrée dans sa bonne ville de Paris ! C’est pour le coup que l’ouvrier qui philosophait, l’autre jour, devant la chaise de Li-Hun-Chang, serait écrié :
- Ca nous ramène au temps de Louis XIV !
Il faudrait demander à un avocat en quel temps nous ramène l’incident Chenu-Silvy ou Silvy-Chenu qui est soumis présentement au Conseil de l’Ordre. Après avoir échangé des paroles, les deux confrères ont échangé des arguments tout autres-puis des témoins. Grand tapage au Palais. On y était habitué à des duels d’éloquence. Si l’on croise le fer au bout d’un procès, voilà des mœurs toutes nouvelles. Et, d’un autre côté, pourquoi un avocat n’appuierait-il point ses polémiques d’une pointe d’épée ?
Notez le fait. Il marque la venue de mœurs nouvelles. Les vaudevilles nous habituaient à voir des avocats allant, bras dessus bras dessous, dîner au restaurant prochain après s’être fortement échinés à la barre. Emile Augier les comparait à ces cochers qui se donnent des coups de fouet sur le dos de leurs chevaux, les chevaux étant leurs clients. Mais si, maintenant, la colère survit aux plaidoiries, où irons-nous ? L’intimé enverra des cartels à Petit-Jean et le Palais risquera de devenir un champ clos.
Le conseil est là pour mettre bon ordre à ces manifestations nouvelles. Battez-vous à la barre, tant qu’il vous plaira ; mais ne voyez-vous pas, si l’amour-propre s’en mêlait, venir un temps, qui ne serait pas éloigné, où un avocat interromprait la plaidoirie de son adversaire en lui disant tout net :
- Pas un mot de plus, maître un tel, pas un mot vous dis-je, ou je vous envoie mes témoins !
On se figure, devant une semblable manifestation, la physionomie ahurie du Président. Mais tout est possible et on a très justement dit, et depuis longtemps : Tout arrive. Donc, on pourra voir luire un jour où les robes noires des avocats se pourront relever d’un bout de fourreau comme les dominos des jeunes seigneurs dans les drames où les actions tragiques se déroulent en pleins bals masqués. Une heure pourra sonner où le Conseil de l’Ordre éditera des règlements tels que celui-ci :
MM. Les avocats sont tenus de déposer leurs armes au vestiaire.
O Barthole ! O Cujas ! Qu’en diriez-vous ? Vous subiriez peut-être, vous aussi, les mœurs nouvelles, et c’est, à tout prendre, ce que vous auriez de mieux à faire. On doit beaucoup parler de tous ces incidents, au bord de la mer ou sous les arbres des Pyrénées. Ou plutôt on en parle fort peu et la villégiature, comme le voyage, a cela de bon qu’elle remet tout a son plan. Ce qui semble irrésistiblement intéressant sur le boulevard devient immédiatement une quantité négligeable dès qu’on a fait dix lieues hors des fortifications. J’ai invité mon ami Jacquelin à venir avec moi aux concours du Conservatoire. Il est au vert. Il m’a répondu par dépêche :
- Ton Conservatoire, c’est le Conservatoire des congestions. Artistes trop froids, salle trop chaude. Mille excuses.
Et comme je le comprends ! Mais il y a le sacerdoce, et Sarcey vous dirait, au contraire :
- En été, on n’a frais qu’à Paris, et à Paris, dans les théâtres !
Et c’est peut-être la vérité.
RASTIGNAC
(1) http://collectiondedegoncourt.blogspot.com/2007/12/repos-ternel.html
(2) Journal des Goncourt
E&J De Goncourt Editeur Charpentier 1887à 1896 en 9 tomes
(3) Journal Mémoires de la Vie Littéraire
Edmond et Jules de Goncourt Les Editions de l'Imprimerie Nationale de Monaco de 1956 en 22 tomes
http://collectiondedegoncourt.blogspot.com/2008/03/journal-de-1956-soixante-ans-plus-tard.html


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GEORGES LECOMTE,
De l’Académie française.
(Cette suite de confidences, faites avec la sincérité et l’éloquence vivante d’un conférencier parlant sans une note, valurent maintes et maintes fois le talent et la bonhomie de celui qui laissait entendre tant d’émouvants souvenirs).


avec les célèbres doigts de l'Ex-libris des frères Goncourt sur un manuscrit du journal inédit des frères Goncourt.
http://www.timbroscope.com/collections/monaco/Collection_de_timbres_de_monaco_files/392_-__Journal_in_dit__des_fr_res_Goncourt_-_vert_-_5f__1953_-3682.html
et











misogyne qui tombe amoureux à la fois d’une jeune Allemande et d’une petite juive d’Algérie. Découvrant que la première met ses charmes également au service de son métier d’espionne et que la seconde pose nue dans les ateliers de peinture, il se tourne exclusivement vers l’art, mais, n’arrivant pas à déchiffrer le sceau d’un cachet, se donne la mort. Première apparition d’un thème qui ne quittera plus les Goncourt : la femme qui porte malheur à l’artiste, à l’écrivain ou, simplement, à l’homme intelligent. L’ouvrage paraît début décembre et n’a aucun succès, car l’actualité est occupée par le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte. C’est aussi le moment, où ils commencent à tenir leur Journal d’abord de façon épisodique et régulièrement à partir de 1855. Dès les premières pages, ils mettent en parallèle leurs malheurs personnels avec les malheurs de la France ; ce sera un trait constant du Journal, du début à la fin. 
A la fin du tome XXII un index récapitulant tout les noms présent dans les 22 tomes, un nom est fréquemment cité il s'agit de "MARTIN"
Peut être un de mes ancêtres .