Ma volonté est que mes dessins,mes estampes, mes bibelots, mes livres enfin les choses d'art qui ont fait le bonheur de ma vie, n'aient pas la froide tombe d'un musée, et le regard béte du passant indifférent, et je demande qu'elles soient toutes éparpillées sous les coups de marteaux du commissaire priseur et que la jouissance que m'a procurée l'acquisition de chacune d'elles, soit redonnée, pour chacune d'elles, à un héritier de mes goûts. EDMOND DE GONCOURT

Edmond et Jules

Edmond et Jules

Edmond de Goncourt par Nadar

Edmond de Goncourt par Nadar

dimanche 22 février 2009





EDMOND DE GONCOURT

 

 

La mort du célèbre homme de lettres a été annoncée à la presse parisienne par une dépêche de M. Alphonse Daudet, chez lequel il se trouvait en villégiature depuis quelques jours. C’est dans la nuit du 16 juillet qu’il a succombé dans cette charmante propriété de Champrosay, où ses amis fidèles et dévoués lui ont prodigué les soins, et ont adouci ses dernières heures par les témoignages de la plus affectueuse sollicitude. La disparition si rapide de l’éminent écrivain a causé une émotion unanime dans le monde littéraire où le nom de Goncourt était particulièrement vénéré.

Edmond de Goncourt et son frère Jules, n’ont-ils pas été les initiateurs du mouvement naturaliste, en même temps que les historiens subtils des élégances du siècle passé, des plus charmants petits maîtres français ? Les Goncourt ont été aussi les premiers à appeler  la curiosité sur les formes et les œuvres de l’art de l’Extrême Orient.

Edmond- Louis- Antoine Huot de Goncourt petit-fils d’un député du tiers à l’assemblée nationale  de 1789, était né à Nancy, le 26 mai 1822 d’une vieille famille lorraine alliée à celle de M. Lefebvre de Béhaine , ex-ambassadeur de France au Vatican, et à celle de Villedeuil. Jusqu’en 1870, époque de la mort de Jules de Goncourt, qui était le cadet d’Edmond, la vie des deux frères est intimement liée et il est assez difficile de faire la part de ce qui revient à chacun d’eux.

Ils débutèrent dans les lettres en 1851, par un roman intitulé En 18…et qui passa à peu près inaperçu. De cette époque à 1860, se consacrant uniquement à l’étude du dix-huitième siècle, ils font paraître successivement : Histoire de la Société française pendant la Révolution et sous le Directoire ; Portraits intimes du dix-huitième siècle ; Sophie Arnould ; Histoire de Marie –Antoinette ; Les Maîtresses de Louis XV. Ils continuèrent plus tard cette série avec la Femme au dix-huitième siècle et les Actrices du dix-huitième siècle, et l’étendirent à l’art et aux artistes avec l’Art  du dix-huitième siècle et l’œuvre de Watteau.

Cependant, et avant de revenir, en 1860, au roman d’observation, les frères de Goncourt avaient publié encore :Le Salon de 1852, les Mystères des théâtres, la Lorette, la Révolution dans les mœurs, les Actrices, une Voiture de masques.

Avec les Hommes de lettres, réimprimés en 1869 sous le titre de Charles Demailly, commence la série de leurs romans d’observation appliquée aux mœurs et aux idées de ce temps. Ils y manifestèrent le même tempérament que dans leurs études d’histoires, curieux de menus faits, de détails. Aux Hommes de lettres succèdent Sœur Philomène, Renée Mauperin, Germinie Lacerteux, Manette Salomon, Madame Gervaisais (1869). Entre temps paraissait d’eux Idées et Sensations.

Jules de Goncourt meurt. Mais des notes recueillies par les deux frères devaient servir plus tard au survivant, à Edmond, pour la composition de la Fille Elisa, des Frères Zemganno , de la Faustin, de Chérie, de Gavarni, Pages retrouvées, tous livres publiés postérieurement à la mort de Jules et qui doivent cependant être rapportés à la période de collaboration des deux frères. A cette collaboration, on doit encore la pièce d’Henriette Maréchal, dont les représentations au Théâtre-Français (1865), donnèrent lieu à des scènes de tumulte qui furent souvent racontées.

En outre des œuvres précédemment citées on doit à Edmond de Goncourt seul la série, aujourd’hui presque achevée, du Journal des Goncourt, dont la publication retentissante a donné lieu à tant de controverses ; la Maison d’un artiste, Outamaro, premier volume d’une série sur l’art japonais. Au théâtre, Edmond de Goncourt a fait jouer, au Théâtre-Libre, la Patrie en danger, au même théâtre un autre acte politique A Bas le Progrès, à l’Odéon  un drame en dix tableaux tiré de Germinie Lacerteux et enfin tout récemment au Vaudeville un drame tiré de Manette Salomon. Il laissa quelques manuscrits de théâtre et des ébauches de romans.

 On sait, en outre, que M. Edmond de Goncourt a plusieurs fois manifesté son intention de laisser un legs destiné à l’institution d’une académie qui porterait le nom de Goncourt et où entreraient un certain nombre de littérateurs et d’artistes, ceux qui fréquentaient chez lui et venaient lui rendre visite dans le hall de la maison qu’il appelait « le grenier des Goncourt ».

L’ouverture du testament qui a eu lieu le 20 juillet chez M. Alphonse Daudet, à Champrosay, a donné connaissance des élus de cette académie que, fidèle à la promesse faite à son frère, E. de Goncourt crée afin de soutenir un art indépendant en aidant des jeunes gens de talent à se maintenir dans la dignité des lettres. Les hommes politiques, les grands seigneurs, les poètes et les fonctionnaires seront exclus de cette académie qui se composera jusqu’à nouvel ordre de huit membres remplaçables par extinction à la majorité des membres survivants. Ces membres sont : Alphonse Daudet, Léon Hennique, J.K. Huysmans, J. et H. Rosny, Octave  Mirbeau, Paul Marguerite, Gustave Geffroy. Celui des titulaires qui deviendrait membre de l’Académie française serait par le seul fait démissionnaire.

Un prix de cinq mille francs sera décerné tous les ans à l’auteur d’une œuvre d’imagination, roman, nouvelle, etc., à  l’exclusion des poètes.

Enfin, il y aura in dîner Goncourt, à vingt francs par tête – le défunt a lui-même fixé le prix. Ace dîner périodique ne prendront part que les académiciens.

 

OLIVIER MERSON

Provenance « Le Monde Illustré du 25 juillet 1896 page 53 et 54 »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Retour haut de page


statistiques