Ma volonté est que mes dessins,mes estampes, mes bibelots, mes livres enfin les choses d'art qui ont fait le bonheur de ma vie, n'aient pas la froide tombe d'un musée, et le regard béte du passant indifférent, et je demande qu'elles soient toutes éparpillées sous les coups de marteaux du commissaire priseur et que la jouissance que m'a procurée l'acquisition de chacune d'elles, soit redonnée, pour chacune d'elles, à un héritier de mes goûts. EDMOND DE GONCOURT

Edmond et Jules

Edmond et Jules

Edmond de Goncourt par Nadar

Edmond de Goncourt par Nadar

vendredi 6 juin 2008

Votre caractère est ? Mais celui des Goncourt ?

Le caractère et la tenue des Goncourt par Alidor Delzant



../.. Jules de Goncourt, mort à trente-neuf ans, en 1870, était le charme même. Tous ceux qui l'approchèrent ont conservé mémoire de l'éclat et du prime - saut de son esprit, de son scepticisme léger, insouciant et gouailleur. Bien qu'il fût capable d'un effort de travail très soutenu, il donnait à la rêverie horizontale, dans le nimbe épais de la fumée du tabac, de longues heures méditatives. Plus jeune de huit ans que son frère Edmond, il était plus petit que lui de taille, rose et blanc; de longues moustaches, blondes et fines, se cerclaient sur ses lèvres. Il incrustait fréquemment, dans l'arcade sourcilière de son oeil gauche, un monocle qui lui donnait un semblant d'impertinence, quoiqu'il fût seulement curieux et intéressé. Dans l'oeuvre commune, il apportait surtout l'imprévu et l'éclat, avec une aptitude au dialogue qui l'eût fait réussir au théâtre. Edmond au contraire, était le travailleur tenace, le metteur en oeuvre réfléchi, l'accoucheur à terme de la gestation commune. Gavarni, dans la suite des portraits qui a pour titre Messieurs du Feuilleton, a dessiné ses jeunes amis sur une même planche lithographique. Les deux profils donnent, de l'un et de l'autre, une idée exacte : Jules, fureteur en éveil, le regard braqué; Edmond, un peu en arrière, méditatif et sérieux. Ainsi les voyait-on, quand ils sortaient, presque toujours ensemble, de par les rues : Jules allait devant, en éclaireur, à quatre pas d'Edmond.

La collaboration des deux frères a été brutalement déchirée par la mort. En 1870, ils venaient de quitter l'appartement de la rue Saint-Georges, dans lequel ils avaient habité depuis leur jeunesse, pour aller s'installer à Auteuil, dans le parc de Montmorency, où ils avaient acheté une maison. Jules, déjà malade, fut foudroyé par une congestion cérébrale et son frère, dépareillé, resta marqué d'un sceau de tristesse et de mélancolie.
Lui aussi a bien l'allure de son talent et de son esprit. De solide charpente et de taille haute, d'une distinction affinée, ses cheveux épais, d'un ton argent ancien, se massent, indépendants et harmonieux, autour d'un visage pâle de noctambule. Son oeil, où veille un feu noir étrange, laisse passer l'allumement passionné de ses dessous. La prunelle est d'une dilatation singulière et la sclérotique blanche qui l'enchâsse luit, comme avivée par un rehaut de gouache. Tout l'homme est dans ce regard chargé de recherche inquiète et vie cérébrale, froid et perçant, quand un éclair de bonté native ne tempère pas son acuité. Le nez court moins pourtant que ne l'a fait M.Braquemond dans le dessin du Luxembourg qu'il a gravé domine d'un peu haut une moustache blanche, longue, légèrement éparse aux extrémités. Le sourire, plein de franchise et de finesse, succède, sans effort, à une expression attristée. M.Edmond de Goncourt a l'élégance du corps et la tenue d'un officier supérieur en retraite qui aurait conservé sa taille de régiment et la netteté de son esprit. Ses mains, fines et longues, tout en faisceaux fibreux emboîtés dans des articulations noueuses, ont, pour toucher les choses, des délicatesses féminines. Les collectionneurs de haute lignée sont seuls pourvus de ces tentacules languides et subtiles, d'un tact exquis, qui adhèrent voluptueusement aux choses d'art avec attouchement de caresse

.../...





Extrait du livre "Les Goncourt" par Alidor Delzant de 1889 page 5 à 7

1 commentaire:

  1. Comme j'aimerais figurer quelque part comme dans les grandes œuvres :
    "Remerciements à ..."


    que du bonheur

    RépondreSupprimer

Retour haut de page


statistiques