Ma volonté est que mes dessins,mes estampes, mes bibelots, mes livres enfin les choses d'art qui ont fait le bonheur de ma vie, n'aient pas la froide tombe d'un musée, et le regard béte du passant indifférent, et je demande qu'elles soient toutes éparpillées sous les coups de marteaux du commissaire priseur et que la jouissance que m'a procurée l'acquisition de chacune d'elles, soit redonnée, pour chacune d'elles, à un héritier de mes goûts. EDMOND DE GONCOURT

Edmond et Jules

Edmond et Jules

Edmond de Goncourt par Nadar

Edmond de Goncourt par Nadar

dimanche 19 août 2007

Article du 28 Mai 1922 dans les ANNALES pour le Centenaire d'Edmond de Goncourt


Journal " Les Annales" du 28 mai 1922




UNE VISITE A LA MAISON D'AUTEUIL





Comme je me souviens nettement d'une dernière visite faite à Edmond de Goncourt, peu de temps avant sa mort ! C'était une après midi de printemps parisien . Malgré la belle journée, Edmond de Goncourt était chez lui , heureusement , car ce n'était pas son "jour" . La porte ouverte , par la vieille servante, nous introduisit dans le grand salon du rez-de-chaussée . il était plein de soleil , calme et gai , avec ses murs où étaient pendus , en de vieux cadres dorés , ces beaux dessins du XVIII e siècle , qui mettent partout où ils sont la joie de leur art élégant et voluptueux, avec son clair meuble de Beauvais où souriaient des fleurs tissées.
Ce fut là que nous attendîmes un moment. Enfin, un pas lourd se fit entendre et Edmond de Goncourt parut, très droit, solide et robuste, en sa blanche vieillesse . Pendant qu'il nous parlait, je le regardais. Ses yeux, d'un noir singulier, animaient son visage très pâle sous la blancheur argentée des cheveux. J'avais plaisir à le voir ainsi, en sa vieillesse glorieuse, en cette charmante maison remplie des objets chers à son goût, par cette après-midi ensoleillée, qui faisait voleter les oiseaux dans les arbres du petit jardin qu'on apercevait à travers les vitres et où il nous conduisait.
Nous nous y sommes promenés assez longtemps, dans ce petit jardin d'Auteuil. L'allée en avait vite fait le tour. Des arbustes Japonais aux feuilles vernies et toujours vertes la bordaient. Au bout de l'étroite pelouse , une rocaille dominait un bassin où rôdaient quelques cyprin en ombres pourpres et dorées . Au fond , un portique en treillage , enguirlandé de roses grimpantes, à la mode du XVIIIe siècle , semblait s'ouvrir sur le passé, ce passé de la vieille France où Edmond de Goncourt avait promené si souvent sa curiosité d'historien , d'érudit et d'artiste , où il avait trouvé ses heures les plus heureuses et où s'étaient satisfaits le plus délicatement ses yeux et son esprit.
C'est en ce jardin fleuri et en ce clair salon d'amateur que j'aime le mieux à me représenter Edmond de Goncourt , parmi ses dessins et ses bibelots et sous les roses de son treillage rustique, mais ce n'était pas là qu'on le rencontrait le plus souvent . D'ordinaire , pour le voir , il fallait monter au second étage de sa maison , dans ce Grenier où il recevait, le dimmanche , ses amis et ses admirateurs . Là , il nous accueillait aussi avec sa même courtoisie un peu hautaine et réservés, mais ce n'était plus l'historien de Mmme du Barry , le biographe d'Outamaro que l'on abordait , C'était le Goncourt romancier , ou , pour parler plus exactement , le Goncourt homme de lettres.


HENRI DE REGNIER,

de l'Académie Française








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