Ma volonté est que mes dessins,mes estampes, mes bibelots, mes livres enfin les choses d'art qui ont fait le bonheur de ma vie, n'aient pas la froide tombe d'un musée, et le regard béte du passant indifférent, et je demande qu'elles soient toutes éparpillées sous les coups de marteaux du commissaire priseur et que la jouissance que m'a procurée l'acquisition de chacune d'elles, soit redonnée, pour chacune d'elles, à un héritier de mes goûts. EDMOND DE GONCOURT

Edmond et Jules

Edmond et Jules

Edmond de Goncourt par Nadar

Edmond de Goncourt par Nadar

dimanche 26 août 2007

Extrait de la Revue universelle , illustrée, hebdomadaire " LES ANALES" du 28 mai 1922 (Centenaire d'Edmond de Goncourt )

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LE LABEUR DES DEUX FRERES
Ils avaient pris la plume et le papier comme on prend le voile et le scapulaire . Leur vie fut un perpétuel travail d'observation et d'expression . Partout ils sont à l'atelier , j'allais dire à l'autel et dans le cloître .
On est saisi de respect pour cet obstiné travail que le sommeil interrompait à peine ; car ils observaient et notaient jusqu'à leurs rêves. Aussi , bien qu'ils missent par écrit, au jour le jour, qu'ils voyaient et ce qu'ils entendaient, ne peut-on les soupçonner un seul instant de curiosité frivole et d'indiscrétion. Ils n'entendaient ni ne voyaient que dans l'art et pour l'art. On ne trouvait pas facilement un second exemple de cette perpétuelle tension de deux intelligences.
Tous leurs sentiments , toutes leurs idées , toutes leurs sensations aboutissent au livre. Ils vivaient pour écrire. En cela, comme dans leur talent, ils sont bien de leur temps. Autrefois , on écrivait par aventure. Certaines personnes vivaient de leur plume, comme l'abbé Prévost, en écrivant beaucoup , mais sans dépense excessive de force nerveuse. Le XIXe siècle changea ces usages. C'est alors que les hommes de lettres organisèrent toute leur vie en vue de la production littéraire. Balzac, Gauthier , Flaubert prirent d'instinct des dispositions héroïques et traversèrent le monde comme d'incompréhensibles étrangers. Mais les Goncourt firent mieux encore. Sans se distinguer par aucune marque extérieure de la société dans laquelle ils étaient nés , sans affectation, simplement , fermement, ils vécurent une vie particulière , spéciale, faite de rigoureuse observances, de dures privations , de pénibles pratiques , comme ces personnes pieuses qui mêlées à la foule et habillées comme elles sont secrètement affiliées.
A cet égard, le Journal des Goncourt est un document unique. On comprend mieux , quand on l'a lu, comment un fonctionnement excessif de l'appareil nerveux , une tension constante de l'oeil et du cerveau a produit cette " écriture artiste " et cette notation minutieuse des sensations qui est le caractère le plus saillant de l'oeuvre des deux frères. leur pensée et leur style , créés dans une atmosphère spéciale , n'ont pas la gaieté du grand air et la joie facile des formes rare et respectable . Leur oeuvre a la noblesse de l'effort et la beauté d'une création artificielle , où l'élan spontané n'a rien fait, où tout résultat de la recherche consciente et de la volonté.
ANATOLE FRANCE
de l'Académie française

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