Ma volonté est que mes dessins,mes estampes, mes bibelots, mes livres enfin les choses d'art qui ont fait le bonheur de ma vie, n'aient pas la froide tombe d'un musée, et le regard béte du passant indifférent, et je demande qu'elles soient toutes éparpillées sous les coups de marteaux du commissaire priseur et que la jouissance que m'a procurée l'acquisition de chacune d'elles, soit redonnée, pour chacune d'elles, à un héritier de mes goûts. EDMOND DE GONCOURT

Edmond et Jules

Edmond et Jules

Edmond de Goncourt par Nadar

Edmond de Goncourt par Nadar

mardi 15 avril 2008

Le prix d'une bonne affaire avec les Goncourt

Le Prix des Goncourt

Un bazar étincelant. C’est en ces termes qu’en 1932 Marcel Sauvage résumait le fameux Journal d’Edmond et Jules de Goncourt. Il n’avait pas tout à fait tort, tant cette œuvre charrie, presque dans un seul et même mouvement, le meilleur et le pire, le sublime et le vulgaire, le plus lumineux et le plus abject. Les premiers à la découvrir auront été les lecteurs du Figaro illustré où elle a paru en feuilleton, à partir du mois de décembre 1885. Quant à l’édition originale en librairie, elle allait commencer à voir le jour en 1887, chez Charpentier à Paris, et se poursuivre jusqu’en 1895, sans avoir été menée à bien, à cause de la mort d’Edmond survenue en 1896, soit vingt-six ans après Jules. Cette édition qui comprend neuf volumes sera par la suite souvent rééditée, mais toujours de façon incomplète. Puis elle finira par ne plus être disponible.
La deuxième édition du Journal s’échelonne, elle, de 1956 à 1958. Cet ensemble réunit vingt deux volumes et il a été publié par l’Imprimerie Nationale de Monaco, à Cinq mille cinq cents exemplaires, en feuilles et sous étuis. Il convient toutefois de signaler que, pour former un tout cohérent aux yeux des bibliophiles, l’ensemble, présenté et annoté par Robert Ricatte, doit s’accompagner de trois volumes : Vie des Frères Goncourt d’André Billy. Au passage, on mentionnera ici que la même Imprimerie Nationale de Monaco a fait paraître, à la fin des années 40, une collection rassemblant tous les ouvrages ayant obtenu le prix Goncourt de puis 1903. et chacun des titres contient non seulement une biographie du lauréat mais, en outre, le compte-rendu de la séance de l’Académie au cours de laquelle le prix lui a été attribué. Ce qui permet de savoir qui a voté pour qui et quels ont été, une année après l’autre, les candidats malchanceux. On précisera encore que le Journal des Goncourt a été repris en 1960 en quatre volumes, chez Fasquelles-Flamarion.
Que valent en vente publique, ces diverses éditions ? A tout prendre, pas grand-chose. Celle de Charpentier peut tourner autour des 1500 francs, voire de 3000 si elle est présentée dans une belle reliure. Les deux autres atteignent à peu près le mêmes prix, et on ne peut pas ne pas s’en étonner, compte tenu de l’importance littéraire et historique de l’œuvre. Du reste, d’une manière générale, les divers ouvrages des frères Goncourt demeurent assez abordables, sauf lorsqu’ils sont très finement reliés ou quand ils sont rehaussés d’illustrations. Mais même dans ces cas là, ce n’est jamais la démesure. Un exemple parmi d’autres : en 1987, un superbe exemplaire de Renée Mauperin, paru chez Charpentier en 1884, a été cédé en vente publique pour 10 000 francs. Et pourtant il s’agissait du tirage de tête, enrichi de gravures en quatre états et d’un ex-libris de Gavarni, dans une reliure signée Marius Michel et marqué au chiffre d’Edmond de Goncourt ! Qui plus est, l’exemplaire contenait une note autographe de l’auteur.
« Pendant des années, c’est à peine si nos livres nous ont payé l’huile et le bois de nos nuits », ont écrit les Goncourt dans leur préface à Henriette maréchal. Aujourd’hui ces livres ne font pas vraiment la richesse des collectionneurs.




Jean-Baptiste Baronian

Provenance Magazine Littéraire de septembre 1989

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